FERAT Serge
Chevaux de cirque
Huile sur carton
circa 1925-1928
H. 33 cm L. 25,6 cm
(12,99 x 10,08 inches )
Cette scène, très singulière dans l’œuvre de Férat, nous montre un intérieur de cirque où des chevaux tenus en bride par des saltimbanques se livrent à différents exercices.
Au premier pian, un chien est assoupi à côté d’un ballon. La toile semble partagée en deux par une composition pyramidale. Le toit du chapiteau est suggéré par de violentes hachures horizontales qui créent un effet dynamique.

Cette huile est également étonnante par la gamme de couleurs utilisées, inhabituelle pour l’œil occidental. Ici, Férat retrouve une influence russe séculaire, celle de l’icône mais aussi celle de l’art populaire dans toute sa variété, celle de l’image xylographique. Un néoprimitivisme ancré en surgit. Couleurs et formes sont à la fois ancrage dans la réalité et support à l’émotion. Ses lumineuses huiles ou gouaches sur carton de cette époque apportent un éclairage essentiel à la compréhension de l’incidence slave sur la peinture de l’artiste.

Férat fréquente à ce moment-là des artistes appartenant à diverses nationalités. Paris est devenu une capitale cosmopolite où se mêlent Russes, Juifs, Italiens, Turcs. La Révolution russe a provoqué le départ de beaucoup d’artistes qui ont rejoint la cohorte de ceux qui, opprimés dans leur pays, ont choisi comme Larionov, Gontcharova, Pougny, de vivre et de travailler, soit provisoirement, soit définitivement dans la Ville des lumières. Mais d’autres étrangers attirés par la capitale s’y retrouvent aussi. Paul Durand nous décrit Paris en 1923 : « Jamais Paris n’a connu une telle affluence. Le nombre d’étrangers a doublé en deux ans; ils sont à présent un demi million et c’est tant mieux…. Nous avons les rues italiennes de Ménilmontant, les restaurants chinois du Quartier latin, les vieux exilés turcs de Passy, les réfugiés grecs de Smyrne venus à Auteuil et qui sentent encore le canon, les scandinaves de Montparnasse, les tailleurs de diamants hollandais de la rue de la Gaîté, les juifs mitteleuropéens dans les vieilles cours du XV° siècle proches de l’Hôtel de Ville et les juifs levantins mangeant leur pain d’épices derrière la Bastille, les tailleurs hongrois au carré du Temple, les Roumains à la terrasse du Café de la Paix, les Arméniens de la rue Jean-Goujon, les Suisses dans leurs auberges de la rue Saint-Roch, les Américains sur les quais. Les Russes sont partout… La nuit, Montmartre est entièrement russe. »

Mais tous ces artistes extrêmement liés entre eux n’en conservent pas moins leur originalité et leurs racines culturelles et esthétiques. La résurgence de l’empreinte russe chez Férat n’a donc rien de surprenant.

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